Une crue centennale de la Seine est un scénario de « choc extrême » capable de désorganiser durablement l’économie francilienne, les exercices Hydros 25 et MDC 2025 en donnent aujourd’hui une préfiguration très concrète aux dirigeants d’entreprises. Pour un COMEX de grande entreprise française, c’est un risque macroéconomique, RH et opérationnel majeur, pas un simple sujet technique d’infrastructure.
Une crue centennale correspond à une crue qui a 1 % de probabilité de se produire chaque année, sur la base des statistiques historiques, et non à un événement qui survient « une fois tous les 100 ans ».
À Paris, la référence reste la crue de 1910 (8,6 m à Austerlitz), qui sert de base aux scénarios actuels : une inondation de longue durée, avec montée progressive, plateau de plusieurs jours, puis décrue lente sur plusieurs semaines.
Les études OCDE et CCR estiment qu’un épisode équivalent aujourd’hui pourrait toucher jusqu’à 5 millions de personnes, provoquer 30 milliards d’euros de dommages directs et jusqu’à 50 milliards d’euros de pertes économiques additionnelles.
La crue centennale de la Seine est identifiée comme le risque naturel le plus critique pour l’Île‑de‑France, avec un impact sur le PIB pouvant aller jusqu’à 3 % cumulé sur cinq ans dans les scénarios les plus sévères.
Hydros 25 (HYDROS 2025) est un exercice régional organisé du 13 au 17 octobre 2025 pour tester le dispositif ORSEC inondation dans un scénario de crue comparable à 1910, à l’échelle de toute l’Île‑de‑France.
Il mobilise préfecture de police, départements, Métropole du Grand Paris, opérateurs de réseaux (eau, énergie, transports, télécoms), collectivités et acteurs économiques, avec simulations d’alertes SMS, mises en place de batardeaux, activation de cellules de crise et scénarios d’évacuation.
Côté économique, la CCI Paris Île‑de‑France utilise Hydros 25 pour sensibiliser un tissu de plus de 54 000 entreprises directement inondables et près de 257 000 salariés du privé travaillant en zone inondable, tout en testant l’accompagnement des entreprises en crise.
Des acteurs stratégiques comme le ministère des Armées ou Eau de Paris jouent leurs propres scénarios (perte d’infrastructures, pénurie de main‑d’œuvre, tensions sur les réseaux), ce qui montre le niveau de dépendance des grandes entreprises clientes à la résilience de ces opérateurs.
Il a été complété aux mêmes dates par un second exercice ciblant les entreprises permettant de mettre en lumière les impératifs de continuité d’activité dans un contexte où les infrastructures seront sévèrement touchées et les salariés quitteront massivement la région pour s’installer durablement en région en télétravail forcé.
Une crue centennale de la Seine couperait l’Île‑de‑France en plusieurs zones isolées, perturberait fortement les transports en commun, la route et le ferroviaire, et rendrait indisponibles une partie des réseaux d’électricité, d’eau, de télécoms et d’assainissement pendant plusieurs mois, rendant la vie quotidienne très inconfortable voire impossible.
Pour les grandes entreprises, il ne s’agit pas seulement de quelques sites inondés : l’interdépendance avec les réseaux et les fournisseurs entraîne un effet domino sur la logistique, les systèmes d’information, l’accès aux salariés, la relation client et la sous‑traitance.
L’IHEDN et l’OCDE évaluent que, dans un scénario extrême, jusqu’à 170 000 entreprises pourraient être directement touchées et 400 000 emplois affectés, avec une immobilisation partielle du territoire pendant plusieurs mois.
Pour un COMEX, cela pose des questions de modèle : concentration des fonctions critiques sur un bassin à risque, dépendance à des data centers et sièges sociaux en zone inondable, capacité à piloter l’entreprise à distance et à maintenir un dialogue social sous forte tension.
Les retours d’expérience et recommandations insistent sur la nécessité de disposer d’un plan de continuité d’activité « crue de Seine » dédié, avec cartographie fine des dépendances aux réseaux, scénarios de repli, solutions de télétravail massives et procédures d’arrêt/redémarrage des sites.
Les fonctions à prioriser : IT et cyber, trésorerie, achats/approvisionnements, supply‑chain, service client, fonctions réglementées (santé, finance, énergie, etc.), avec des plans de délestage et de reconfiguration spatiale (usage massif du télétravail longue distance).
Sur le volet RH, les scénarios mettent en avant les enjeux d’évacuations massives, de fermeture d’écoles, de saturation des transports et de stress prolongé, qui obligent à repenser l’organisation du travail, la gestion des absences et la protection des salariés sur plusieurs semaines.
La gouvernance de crise doit être adaptée à une crise longue : cellule de crise stratégique qui se relaye dans le temps, comités opérationnels thématiques (IT, immobilier, RH, communication), et articulation avec les dispositifs publics (préfecture, mairie, opérateurs de réseaux).
Intégrer le scénario « crue centennale Seine » dans la cartographie des risques groupe, avec des hypothèses chiffrées (durée, pertes potentielles, effectifs concernés) alignées sur les études OCDE/CCR/Hydros 25, afin d’en faire un risque stratégique débattu en COMEX.
Tester régulièrement le plan de continuité par des exercices internes alignés sur le calendrier des exercices régionaux (Hydros 25 et MDC), en impliquant les filiales, les fonctions support et les principaux fournisseurs et prestataires critiques.
Vérifier la localisation et la résilience des actifs clés : sièges, data centers, entrepôts, centres de services partagés, ainsi que les solutions de repli (sites de dévolution, télétravail durci, outsourcing temporaire) en dehors des zones les plus exposées.
Formaliser un plan RH et communication spécifique crue : politique d’absences et de télétravail en situation dégradée, dispositifs d’information des salariés et des partenaires, accompagnement managérial, et scénarios de maintien du dialogue social dans la durée.
.